L’Ecole ou le syndrome du malade imaginaire

L’Ecole ou le syndrome du malade imaginaire

Une étrange épidémie envahit l’Ecole de la République ces derniers temps. Les casiers des professeurs se remplissent de « PAP », projets d’aides personnalisées et autres demandes de traitement particuliers, suite aux dyslexies, dysgraphies, dysorthographies, dys-machins et dys-trucs qui se répandent sur les élèves comme les dix plaies d’Egypte.

La raison ? Les pauvres apprenants de nos classes ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. Alors pour masquer le désastre qui s’amplifie et la chute de l’école française dans les classements internationaux, chaque fois plus catastrophiques que les précédents, les « experts » qui nous gouvernent ont eu cette idée de génie : le problème ne serait pas pédagogique, il serait médical.

Ce qui est pratique, au demeurant : non seulement cela permet de se dédouaner de toute responsabilité, mais possède également l’avantage incomparable d’enrichir les cabinets des orthophonistes et autres « spécialistes » plus ou moins charlatans de ceci ou de cela. Mieux : quelques parents déboussolés et possessifs (pas tous !) et qui n’ont pas encore trouvé le moyen de couper le cordon ombilical y voient l’occasion de prouver leur amour sans limite au petit chéri. A 14 ou 15 ans, il ou elle reste infoutu d’écrire une phrase simple qui tient vaguement debout : confusion d’un mot pour un autre, incapacité à distinguer un nom commun d’un verbe, confusions systématiques entre masculin et féminin, singulier et pluriel, incapacité à accorder un adjectif, confusion entre l’infinitif, le participe passé, le présent, l’imparfait et le futur, phrases incompréhensibles sans sujet ou sans verbe, style télégraphique voire « sms », mots inventés, etc.

La cause ? La méthode globale, qui continue à massacrer des générations entières d’élèves malgré le discours officiel et mensonger qui prétend qu’elle a été abandonnée (les plus menteurs et jusqu’au-boutistes allant même jusqu’à prétendre qu’elle n’a jamais été appliquée). Strictement rien de médical là-dedans, les authentiques dyslexies étant extrêmement rares (voir à ce sujet l’œuvre de Colette Ouzilou et notamment son livre « Dyslexie, vraie-fausse épidémie »).

Nous le constatons chaque jour avec des élèves qui ne regardent jamais la fin du mot qu’ils sont en train d’écrire, confondent usuellement un mot pour un autre sans jamais relire malgré les consignes. Lorsque le professeur insiste en épelant, les élèves concernés n’arrivent tout simplement pas à écrire les lettres corrigées en direct parce qu’ils ne sont pas capables de relier les sons avec des lettres ou des syllabes : ils essaient généralement d’écrire le mot en entier d’un seul tenant, comme s’il s’agissait un idéogramme et non de l’alphabet occidental. Soyons clair : les élèves actuels ne sont pas moins intelligents que leurs ainés. On ne leur a pas appris correctement à lire et à écrire, c’est tout, et c’est aussi simple que ça.

Le problème est que tout cela se retourne largement contre les professeurs eux-mêmes : les voilà chargés de « remédier » aux difficultés de ceux qui n’ont pas (du tout) le niveau pour suivre la classe dans laquelle ils sont, la suppression du redoublement n’ayant fait qu’aggraver le phénomène. Vous avez 13 ans ? Vous êtes en 4ème. Et tant pis si vous avez à peine le niveau d’un élève de primaire. Lors de la prise de fonction du ministère par Luc Ferry, il y a plus de 10 ans, celui-ci pestait à raison contre la situation qu’il avait trouvé en arrivant : un module optionnel venait d’ouvrir en Sorbonne pour apprendre aux étudiants bacheliers à… construire une phrase. J’exagère ? Même pas.

D’autant plus que le problème s’amplifie. Devant cette attribution soudaine de passe-droits et privilèges à quelques-uns (on demande aux professeurs de « ne pas pénaliser l’orthographe », c’est-à-dire le plus souvent d’imaginer un sens à des phrases qui n’en ont pas ou de « ne pas pénaliser les erreurs » – en clair de considérer qu’une réponse fausse est juste -), l’effet d’aubaine ne s’est pas fait attendre : de plus en plus de cancres illettrés – mais pas idiots – se sont dit « Pourquoi pas moi ? ». On voit ainsi apparaître ces fameux « PAP » en plein milieu d’année, après quelques notes révélatrices du niveau réel de l’élève. Ni l’apprenant ni les parents amourachés ne s’étant aperçus jusqu’ici qu’il ou elle ne savait ni lire, ni écrire, ni compter, parfois après 8 ou 9 ans sur les bancs de l’école. On imagine la même chose pour une maison qui brûle ou dont un pan de mur s’est écroulé : « Ah ben non, tiens, on ne s’était aperçu de rien !».

Ne nous y trompons pas : le vrai malade, c’est l’Ecole elle-même, mise en face des conséquences de l’idéologie pédagogiste et de son absence de résultats, qu’elle ne compensera d’ailleurs jamais en traitant l’élève comme un client.

Résultats, qui, au passage, n’ont pas toujours pas affecté Mme Belkacem : celle-ci, dans une posture odieuse face à Marine Le Pen ayant affirmé –sans rire- dans un débat récent et à sens unique que tous les élèves savaient lire, écrire et compter « dès le CP ». Mais bien sûr ! « Et la marmotte met le chocolat dans le papier d’Alu », lui répondit la pub.

 

Rémi Vatel

Ce poste a été rédigé par
Secrétaire départemental du Collectif Racine 77 Coordonnateur interdépartemental du Collectif Racine pour l’Île-de-France.

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