JOURNAL DE LECTURE : JEAN PAUL RIOCREUX, LE PETIT MEIRIEU RECADRE. Ed. Kimé, 2016.

JOURNAL DE LECTURE : JEAN PAUL RIOCREUX, LE PETIT MEIRIEU RECADRE. Ed. Kimé, 2016.

Daniel-Robert BARBERO

JOURNAL DE LECTURE : JEAN PAUL RIOCREUX, LE PETIT MEIRIEU RECADRE. Ed. Kimé, 2016.

 

« A combien de fripons la hardiesse n’a-t-elle pas tenu lieu de mérite »

 

I. L’auteur

Agrégé de lettres classiques, inspecteur d’académie, Jean Paul Riocreux a précédemment publié en 2008 L’école en désarroi, aux Presses universitaires de France.

 

II. La thèse

A. LE BLOCUS CULTUREL ET LA BAISSE DE NIVEAU

De même que les prévisions électorales, de même que les manipulations financières, de même que le chômage, de même que l’invasion migratoire, de même que le terrorisme, de même que l’insécurité … l’incontestable et catastrophique baisse de niveau affectant les élèves de l’Education Nationale[1] ne cesse de donner lieu, de la part des pouvoirs publics et des médias subventionnés, à toutes sortes de tarabiscotages statistiques qui tentent pathétiquement de recouvrir un définitif échec politique, social, sociétal.

De son poste d’inspecteur, l’auteur est bien placé pour juger des dégâts :

Selon lui, l’institution dont la raison d’être est de véhiculer la culture, est devenue depuis 1975 une usine en carton, digne de Tintin au pays des soviets, qui débite toujours plus d’ignorance et d’inégalité.

 

*Cette mutation a une cause finale d’ordre géopolitique : c’est un diktat des oligarques visant à assurer la « gouvernance » de la mondialisation, diktat d’après lequel, dès que la distribution du savoir réel dépasse 20% de la population, elle devient contre-productive, et doit impérativement faire l’objet d’un blocus.

- Non seulement parce qu’elle occasionne un surcoût.

- Mais encore et surtout parce qu’elle communique le goût de penser, à des couches sociales qui ne devraient développer que le goût de s’abrutir pour mieux se soumettre, et de se soumettre pour mieux consommer.

*Cette mutation a une cause motrice : le blanc-seing accordé par les pouvoirs publics inféodés au mondialisme, à une secte de « scientifiques de l’éducation » suffisamment incapables et irresponsables pour saboter 80% des cerveaux, suffisamment cabotins et jargonneux pour s’assurer une crédibilité médiatique et éditoriale, suffisamment infatués d’eux-mêmes pour croire qu’ils œuvrent pour le bien commun, suffisamment doctrinaires pour s’y entêter, suffisamment impudents pour le faire croire. Parmi ces saboteurs patentés qui escamotent le savoir réel (c’est-à-dire le fruit réel d’un réel questionnement portant sur le monde réel), et qui lui substituent un savoir irréel (c’est-à-dire une idéologie dans laquelle les réponses précèdent les questions, un simulacre de savoir, un savoir-gadget) : l’emblématique Philippe Meirieu, le guillotineur du maître, le fossoyeur du cours magistral, le fléau de la culture.

*J’ajouterai personnellement que cette mutation a une cause adjuvante : la balkanisation de nos établissements scolaires où, toute discipline se trouvant démodée, sont injectées des populations réfractaires à notre culture, nivelantes par le bas, qui facilitent la gouvernance par le chaos.

 

En tout état de cause, nous devons admettre, chers collègues, que nous produisons –à notre corps défendant– de l’ignorance et de l’inégalité. Les résultats le prouvent. Le blocus culturel, ça marche, donc la libre transmission et la juste répartition de la culture ça ne marche pas.

Or, si le fast food sert de la malbouffe, est-ce la faute du cuisinier ou celle du manager ?… Si nous ne parvenons plus à enrayer l’analphabétisme et l’ignorance (sans parler de la barbarie communautariste et du désordre qu’elle engendre), est-ce parce que nous ne sommes pas «  des bons » (comme le disent les cadres commerciaux), ou est-ce parce que nous sommes obligés par notre hiérarchie de travailler comme des gougnafiers devant des classes de moins en moins réceptives ? Telle est la question.

Qu’il soit clair que l’enseignement étant à la fois un métier et une mission, le fait de nous trouver contraints à travailler comme des gougnafiers, est inadmissible pour un travailleur qui se respecte et qui respecte son métier, et déshonorant pour un fonctionnaire qui faillit à sa mission.

Riocreux pense que, quelle que soit la gravité et l’indécence de cette situation, la résilience de l’institution tient à la conscience professionnelle d’un certain nombre de celles et de ceux qui exercent notre profession. Nombreux sont ceux qui déplorent le rôle de clown qu’on leur fait jouer, mais qui se taisent pour éviter les sarcasmes, ou pour préserver leur gagne-pain[2]. Pour notre honneur, il existe aussi des collègues qui, faisant fi de toute préoccupation carriériste, refuseront de danser sur cette musique, sponsorisée par d’ineptes requins de la finance apatride, composée par d’ineptes songe-creux, et interprétée par d’ineptes cliques de commissaires politiques pilotées par un clan de politiciens corrompus.

Tout n’est pas perdu tant qu’il y aura des maîtres qui garderont intacts la perfectibilité de leur artisanat et le sens de leur mission, des insoumis qui, traitant par le mépris les directives du terrorisme intellectuel, ménageront des « zones lacunaires, des secteurs de francs-tireurs et de contrebandiers » (p. 10).

C’est-à-dire, concrètement, des maîtres du primaire qui refuseront la méthode globale, des maîtres d’histoire qui refuseront l’histoire repentante et segmentée, des maîtres de SVT qui refuseront l’idéologie du genre, des maîtres de philosophie qui refuseront la pensée unique… bref des corsaires qui oseront forcer le blocus de la culture et qui feront passer celle-ci en contrebande pour en faire bénéficier 100% des élèves au lieu des 20% programmés.

Puisqu’au demeurant l’Europe accueille les clandestins, que nos élèves accueillent donc la culture clandestine !

Excellente idée monsieur l’inspecteur ! Durant ma carrière j’ai rarement apprécié vos semblables … c’est sans doute parce qu’ils n’étaient pas de votre trempe.

 

B. TOPOLOGIE DU PROBLEME : TRIANGULATION ET POINT D’APPUI

La taille de cet article ne me permettant pas de me livrer à une analyse exhaustive du livre, je me limiterai à mettre en place la problématique de l’équilibre pédagogique, déséquilibré par les « sciences de l’éducation » qu’a inventées Philippe Meirieu, et dont les professeurs et les élèves subissent les effets, à longueur d’années scolaires, avec les résultats que l’on sait.

Ce déséquilibre est provoqué par l’aplatissement de la verticalité hiérarchique : « déconstruction » (celle-là, voilà 40 ans qu’ils nous la rabâchent) de l’objet de l’enseignement (la culture) ; et neutralisation de l’autorité du maître.

Aplatissement qui empêche la curiosité de l’élève de s’organiser en un questionnement méthodique, et qui condamne la pensée de celui-ci à ne se saisir et ne se nourrir que de simulacres vides de sens, tout en se fascinant stérilement sur ses propres mouvements, sur ses propres changements aléatoires.

Aplatissement qui, abandonnant l’élève à lui-même, le prédispose à se raccrocher aux hameçons, garnis d’appâts multicolores, que l’idéologie dominante placera opportunément devant son nez.

 

1. Les trois pôles

Si nous voulons être de ceux qui restent fidèles à notre mission, et font honneur à notre institution, commençons, chers collègues, par faire un pied-de-nez à ces vieux bambins pré-œdipiens libéraux-libertaires sans dieu ni maître. Requalifions-nous de « maîtres », sachant qu’il n’y a là aucune forfanterie, comme le prouve l’étymologie.

Afin de rendre hommage aux humanités classiques, et plus particulièrement au latin boycotté par le ministère, je souhaiterais rappeler que le terme « maître » vient de magister qui contient la racine magis signifiant « davantage ». C’est parce que le maître en sait davantage que l’élève, qu’il va pouvoir accroître le savoir de celui-ci.

C’est ce pouvoir d’accroître le savoir qui va légitimer l’ « autorité », auctoritas, dérivant du verbe augere : « augmenter ».

La combinaison de ces deux étymologies révèle le besoin premier auquel répond la fonction de l’école : l’écolier est un ignorant dont la curiosité aspire –plus ou moins consciemment– à combler un déficit de savoir et de savoir-faire …

 

… Condition nécessaire mais non suffisante pour qualifier notre mission éducative : l’éducation ne consiste pas exclusivement à remplir un trou par une marchandise ; et c’est la notion d’élévation présente dans le terme « élève » qui nous permettra de dépasser cette conception utilitariste. Celle-ci nous apprend que l’élève est un oisillon qui, non seulement ouvre le bec pour être nourri, mais qui surtout ouvre les yeux pour apprendre à s’élever à tire d’aile.

La métaphore illustre chez l’élève une sublimation du besoin primaire : s’élever de la barbarie à la civilisation[3].

L’élève n’apprend pas le calcul qu’en vue de commercer, il peut devenir sensible à la beauté de l’art combinatoire et des figures géométriques. L’élève n’apprend pas telle langue qu’en vue de rentabiliser le touriste, il peut devenir sensible à Shakespeare, Goethe, Cervantès, Dante … il peut même apprécier des langues mortes, parfaitement inutiles d’un point de vue marchand … il peut même apprécier sa propre langue, telle que la parlent nos écrivains, telle que ne la parlent pas nos businessmen. L’élève peut fréquenter des personnages historiques qui ne lui serviront à rien puisqu’ils ont disparu, mais qui l’aideront à comprendre comment marche l’humanité, et peut être qui le rendront fier de son pays. L’élève peut s’enrichir spirituellement de philosophies qui ne l’enrichiront jamais matériellement.

Pour nous résumer, le savoir est déterminable en termes quantitatifs de marchandises faisant l’objet d’un calcul intéressé, tandis que la civilisation, tout comme le Beau et le Bien, n’est déterminable qu’en termes qualitatifs de valeurs faisant l’objet d’une pensée désintéressée.

C’est là le sens du terme grec scholê (temps libre) qui a donné le latin schola, et le français école. Depuis Platon, Aristote, et Thomas d’Aquin, les enseignants distinguent les arts libéraux et les arts serviles. L’école n’est pas un espace servile où l’on apprend à penser servilement, c’est-à-dire à louvoyer entre les avantages et les désavantages, les profits et les pertes, dans un esprit de prédation et de jouissance ne donnant lieu qu’à un échange de mauvais procédés (cela se nomme en grec ascholia et en latin negotium, d’où vient négoce).

L’école dégage un espace libre où l’on apprend à penser librement, dans un esprit d’oblation, voire de sacrifice, ne donnant lieu qu’à un échange de bons procédés.

Un barbare pense servilement en sautillant sur des réseaux d’idées reçues. Un civilisé pense librement en marchant droit son chemin vers un horizon de sens.

 

2. La figure du levier

Le maître a pour mission de fournir à l’élève le gâteau du savoir en vue de cette cerise, de ce surcroît, de ce « supplément d’âme » qu’est la civilisation. On pourrait qualifier de « culture » cette convergence de savoir et de civilisation propre à pourvoir au double besoin de l’élève. Et on pourrait schématiser l’acte d’enseigner selon une figure combinant les relations entre les trois pôles que nous venons d’envisager : l’élève, le maître et la culture.

L’acte d’enseigner se différencie du bourrage de crâne en s’ordonnant à la finalité de l’élévation, concept qui, par essence, présuppose une charge affectée d’un moment d’inertie, un levier mû par une énergie, et un point d’appui.

L’efficacité de tout enseignement dépend de l’adéquation des 2 trinômes : charge-levier-point d’appui / élève-maître-culture ; sachant que, si l’on en croit son inventeur Archimède,  c’est le point d’appui qui commande l’ensemble du dispositif : « donnez-moi un point fixe et je soulèverai le monde ». Si la fiabilité du point d’appui tient à la fixité de celui-ci, le point de recentrage de l’enseignement ne peut pas se localiser sur des sujets mobiles ou changeants, sous peine de perdre l’équilibre.

 

Cela étant, lequel des trois pôles convient au statut de point d’appui ?

- L’élève ? – Nenni, car il est en élévation, apprentissage, et maturation ; son mouvement et son changement déséquilibreraient tout ce qui s’appuierait sur lui.

- Le maître ? – Pas davantage, sauf si (ce qu’à Dieu ne plaise) il se prend pour je ne sais quel gourou omniscient et infaillible.

- Reste la culture, point de ressourcement du maître, point de référence de l’élève.

 

Seule la culture peut valider la finalisation élévatrice de l’acte d’enseigner, insignire (marquer d’un signe, distinguer, rendre remarquable, rendre aperceptible tel ou tel élément qui aurait pu passer inaperçu (manipulation informatique, figure géométrique, règle de grammaire, terme de vocabulaire, événement historique, tracé cartographique,  concept philosophique …).

En cas d’erreur ou de confusion, venant du maître ou de l’élève, seul le référentiel de la culture assurerait l’arbitrage, et le maintien du dispositif en équilibre.

C’est dans ce remarquable équilibre que l’école a progressé depuis la fondation de l’Académie platonicienne il y a 25 siècles ; c’est ainsi que les Jésuites du collège de la Flèche ont formé Descartes, c’est ainsi que les hussards noirs de la République ont formé Péguy. C’est ainsi que la culture française et européenne a, pendant des siècles, éclairé les 5 continents.

 

3. Les déséquilibrés/déséquilibreurs et l’imposture

C’est, je le déplore, ce remarquable équilibre qui est en train de vaciller sous les coups de boutoir déconstructionnistes d’une coterie d’idéologues. Ces déséquilibrés/déséquilibreurs ont eu la fantaisie de disqualifier la culture et le maître, afin de recentrer la pédagogie sur le plus instable des trois pôles : l’élève « au cœur des apprentissages ».

« L’école est en mauvaise posture et ne remplit plus son rôle spécifique : du côté du maître, enseigner pour faire apprendre, du côté de l’élève, apprendre pour savoir » (p. 9).

 

C. DECENTRAGE DU POINT D’APPUI ET DESEQUILIBRAGE DU DISPOSITIF

1. Les précurseurs

Les lecteurs familiarisés avec Christopher Lasch et Jean-Claude Michéa ne s’étonneront pas d’apprendre que l’idée vient d’outre-Atlantique.

Nous la trouvons chez John Dewey aux Etats Unis à la fin du XIXème siècle, dans divers articles et dans des livres tels que My pedagogic creed (1897), et Schools of tomorrow (1915).

Pour lui, l’action éducative doit être assimilée, non aux exigences stables et universelles de la pensée scientifique, non aux éléments dûment répertoriés de la grammaire et de la littérature, non aux classifications de l’histoire … mais aux processus supposés parallèles de la conscience individuelle et de la conscience sociale.

L’éducateur deweyen devra abdiquer de toute référence à la source externe de la culture et à son contenu substantiel, et se limiter à user de procédures se conformant à ces processus. C’est ce qu’on appelle le tournant procédural[4].

Coupé de sa finalité culturelle, l’enseignement se trouvera segmenté sur des séries d’ailleurs discontinues d’objectifs particuliers, c’est ce que les pédagogues appellent la PPO (pédagogie par objectifs), se référant à l’élève comme pur sujet procédural, privé de tout horizon de signification, et prédisposé au conformisme intellectuel et social[5].

Qu’il ne nous échappe pas que ce pur sujet procédural correspond au cobaye de la psychologie behaviouriste de Watson, dont a su tirer parti le manager Frederick Winslow Taylor pour organiser au début du XXème siècle le taylorisme qui instrumentalise et robotise l’ensemble des sujets jalonnant la chaîne de production, de l’ouvrier au technocrate[6].

 

2. Meirieu

Riocreux cite la boutade de Churchill : « jamais si peu d’hommes n’auront fait subir autant de mal à tant d’autres », pour nous signifier que, depuis trente ans, les pouvoirs publics, se comportant comme des syndics de faillite,  ont installé aux commandes une petite secte d’idéologues grandement malfaisants, chargée de préparer l’humanité nouvelle :

« préparation rigoureusement séparative, puisqu’en une discrimination absolue devront coexister trois catégories cloisonnées d’individus : une infime minorité de privilégiés de l’école, appelés à détenir plus tard les responsabilités, les cohortes de ceux qu’un dressage par les machines devra vouer aux tâches d’exécution, et enfin la masse des consommateurs improductifs et pétrifiés que pourraient préparer à la passivité et à l’absence totale d’autonomie les écoles d’activités dites d’éveil (et par le fait d’assoupissement) et la construction du savoir » (p. 132).

Philippe Meirieu s’est taillé une position dominante au sein de cette secte, grâce à son sens du « relationnel » (entendons par là « sens du bluff ») : ce cocktail d’entregent mondain, de parades d’intimidation, de faconde polémique, de déni de réalité, de mauvaise-foi lyssenkiste, de phraséologie verbeuse remixant le byzantinisme freudomarxiste avec la langue de bois antidiscriminante, antidéterminante, égalitariste, droidelhommiste … et surtout de cette indigeste usurpation incantatoire du label « science »[7], qui nous a été clystérisée, depuis les médecins de Molière et Karl Marx, jusqu’aux trotskistes, ces Rastignac prolétariens, qui firent fortune dans le business de la publicité, de l’art moderne, du journalisme, et de la high level expertise[8].

 

a. Manquait plus qu’il ramène sa science …

Cette prétentieuse tournure d’esprit, cette horripilante posture, cette exécrable cuistrerie, que le XXIème siècle endure de la génération Judith Butler à la génération Caroline Fourest, n’a fait que singer une paléo-génération de plumitifs jargonneux, cinéastes barbants, universitaires sous-traitants du structuralisme (Kristeva, Irigaray, Latour, Baudrillard, Virilio etc.), qui ont exploité les « événements » de mai 1968 et la fac de Vincennes pour truster le milieu intellectuel pendant quatre décennies.

Je me permets, à ce propos, de conseiller l’excellent livre d’Alan Sokal et Jean Bricmont Impostures intellectuelles (Odile Jacob). Les auteurs (d’authentiques scientifiques, eux !) dénoncent –démonstration à l’appui– le pédantisme et l’absurdité de « thextes » écrits par ces fakirs dont les piètres mirages ont miroité sur les dunes du désert universitaire que les collègues de ma génération ont dû arpenter (seuls les ascètes ont survécu, seuls les chameaux s’en sont sortis). Je ne peux résister à fournir ici un échantillonnage de leur science amphigourique :

« Dans les opérations syntaxiques succédant au stade du miroir, le sujet est déjà assuré de son unicité : sa fuite vers le point infini dans la signifiance est stoppée. On pense par exemple à un ensemble C0 sur un espace usuel R3 où pour toute fonction F continue dans le R3 et tout entier n>0, l’ensemble des points X F (X) dépasse n, soit borné, les fonctions de C0 tendant vers 0 quand la variable X recule vers ‘l’autre scène’. Dans ce topos, le sujet placé dans C0 n’atteint pas ce ‘centre extérieur au langage’ dont parle Lacan et où il se perd comme sujet, situation qui traduirait le groupe relationnel que la topologie désigne comme anneau ».

C’est signé J. Kristeva, du sujet en linguistique, 1974.

Commentaire critique : « C’est un des meilleurs exemples où Kristeva essaie d’impressionner le lecteur avec des mots savants qu’elle ne comprend manifestement pas. Andreski « conseille » de copier les parties les moins compliquées d’un manuel de mathématique ; mais la définition ci-dessus de l’ensemble de fonctions C0(R3) n’est même pas correctement recopiée, et les erreurs sautent aux yeux de quiconque comprend la formule. Mais le véritable problème est que la prétendue application à la psychanalyse n’a aucun sens. Comment un « sujet » pourrait-il être « placé en C0 » ?

… Les collègues de mathématiques jugeront.

 

Le camarade Meirieu est un épigone de ce gang de mirliflores … c’est à leur suite qu’il a appris à alambiquer son verbiage, afin d’intimider les gens de bon sens, de faire se pâmer les précieuses ridicules, et de mettre les bureaucrates aux normes.

Exemple : « Les enfants-bolides ne sont pas encore entrés dans la symbolique, le sym-boloïs,  étymologiquement ‘sans javelot’, capables de se passer d’une arme ».

Commentaire critique de Riocreux : « Comment diable l’homme qui, nous assure-t-il, sait ce dont il parle et parle de ce qu’il sait, comment cet homme a-t-il pu se laisser aussi grossièrement abuser ? (…) Restons-en là (…) Qu’est-ce donc que le symbole, le symbolon ? C’est le signe de reconnaissance. C’est, très précisément, et pour nous placer sur le terrain choisi par le pédagogiste, celui de l’étymologie, ‘un objet brisé en deux parties, dont chacune était conservée par une personne’ ; le rapprochement des deux parties (du verbe sumballein, lancer ensemble, rapprocher) permettait la reconnaissance » (p. 38-39).

… Les collègues de lettres classiques jugeront.

 

L’ironie de l’histoire veut que ce soit ce baratin digne d’un toréador d’opérette qui ait permis à Meirieu de noyauter les instituts de formation, notamment en prenant la direction de la collection Pédagogies, aux éditions ESF, dans laquelle il a publié une dizaine de ses ouvrages (on n’est jamais si bien servi que par soi-même) … sans parler d’un grand nombre de conférences, de débats, d’articles, de préfaces, d’interventions sur les chaînes de radio et de télévision … position médiatique dominante à partir de laquelle notre pétulant ténor s’est emparé des instituts de formation, jusqu’à diriger l’Institut national de la recherche pédagogique, où il a imposé sa trouvaille : « les sciences de l’éducation ».

 

b. Manquait plus qu’il se prenne pour un éducateur

Selon Riocreux, cette prétention meirieusienne à la scientificité (par essence constative et méthodique), se fonde sur trois présupposés (par essence performatifs et parfaitement arbitraires) :

* L’élève, rebaptisé « apprenant » devra construire le savoir par lui-même.

* L’école, substituant le constructivisme au réalisme, devra façonner un homme nouveau : « le sujet social ».

* Les élèves reproduisant les milieux socio-culturels élitistes devront être repérés et neutralisés.

 

* L’auberge espagnole

Scissipare militant, Meirieu porte sur l’école de papa un jugement implacable : « L’enseignement centré exclusivement sur le savoir (…) est réduit à n’être efficace que par accident et fort superficiellement (…) Il ne s’attache pas à l’essentiel : la construction de la connaissance dans et par l’apprenant » (p.17) ; … et d’un châtiment à l’avenant : vassalisation, pour ne pas dire larbinisation, de la culture, du maître, et du cours magistral vilipendé comme « frontal, directif, et impositif ».

La mission du ci-devant maître, dorénavant « animateur » (comme dans les émissions de variétés) consistera, une fois l’autorité remplacée par le compagnonnage, à construire (à l’aide d’outils et de méta-outils) des situations aidant l’apprenant à « se mettre en situation de projet[9] », en usant spontanément de sa capacité à stabiliser des procédures dans des processus, en slalomant des invariants structurels aux variables-sujets, aux objectifs de repérage, de maîtrise et de transfert, respectivement connectés aux situations impositives collective, interactive, et individuelle.

Mais attention !… gare à l’olibrius qui se limitera à la prise en compte des variables-sujets en esquivant la notion de projet et celle des invariants structurels, car cela génèrera des réactions où l’apprenant pourra se trouver figé dans sa personnalité cognitive … ce qui vaudra illico au contrevenant une séance d’autocritique devant son commissaire politique, ainsi qu’une notation administrative et pédagogique infâmante … sans oublier un stage obligatoire de navigation entre les archétypes mentaux et les indicateurs de surface, en suivant le courant capricieux du conflit socio-cognitif, le long des archipels de la décontextualisation, de la métacognition, du prototype mental, de la situation-problème, de la clôture productive, des consignes-critères, des consignes-procédures, et des consignes-structure, des consignes-but, de l’objectif-obstacle, sans oublier l’obstacle-objectif.

Jarry aurait enchaîné :

« Voyez, voyez la machine tourner.

« Voyez, voyez les cervelles sauter.

« Hourra ! Cornes au cul ! Vive le père Ubu ! »

Cette machine qui tourne à vide, c’est la pédagogie pour la pédagogie, la « science de l’éducation » nombriliste qui se passe de contenu, le moulin à café sans café, l’ordonnance à une finalité annihilée. Il y a des amateurs, comme il y a des amateurs d’art moderne, on peut les appeler des profiteurs, des snobs, des nihilistes … ou des ânes.

Ces cervelles ce sont celles de nos élèves.

Ces cornes ont poussé au front de nos bureaucrates, et elles servent à nous pousser au cul pour nous faire marcher ou courir sur le parcours fléché prévu à cet effet.

Conclusion : vive le père Ubu !… figure emblématique de l’analphabétisme, de la bêtise, de la brutalité, bref de la barbarie.

 

* L’homme nouveau

Comme tous les expertocrates au service de ce que S. Huntington appelle l’hyperclasse mondiale, Meirieu n’a cessé de promouvoir la société multiculturelle du « vivre ensemble » qu’ont appris à affectionner les riverains des quartiers sensibles, et les victimes des attentats, sans oublier les collègues des ZEP et des REP.

C’est, n’en doutons pas, dans ce lumineux espoir qu’il a intitulé l’un de ses livres : L’Ecole ou la guerre civile, dans les pages duquel nous pouvons lire cette profession de foi : « Nous faisons clairement et absolument le choix de la prééminence absolue du politique (…) L’école implique des choix de société, des choix philosophiques, des options prises sur l’avenir de notre pays, sur le type d’homme et d’organisation sociale que nous voulons (…) Ces choix sont des choix de valeurs. Il faut les faire le plus lucidement possible et il faut les assumer comme tels » (cité p. 34).

 

Nous nous trouvons là en présence du constructivisme sous-jacent à la pensée déconstructionniste (ce n’est un oxymore que pour les lourdauds imperméables aux finesses de la dialectique marxiste), et du volontarisme labellisé « scientifique » qui en découle.

Autrement dit, Meirieu ne s’est ingénié à affranchir l’élève de l’autorité du maître que pour mieux le mettre sous la tutelle anonyme de la pensée unique que nous ne connaissons que trop. C’est dans cette perspective qu’a été instituée l’ « éducation civique, juridique et sociale » qui homologue le scholarly correct au politically correct  en faisant redondance au catéchisme bobo transmis par les médias et la publicité, dont je fournis ici un résumé.

Je consomme donc je suis.

Je suis une monade nomade, interchangeable et amalgamable, sans racines ni terroir, j’ai tué le père (Dieu, le maître, le peuple) pour n… la mère (le matrimoine en déshérence), suite à quoi ma pensée est devenue un calcul d’intérêts bien compris, et mon désir est sans autres limites que celles du marché, assouplies par la variable d’ajustement des séductions programmées que je subis dans la joie.

J’appartiens à l’espèce homo oeconomicus qui a remplacé l’homo sapiens grâce à la main invisible du marché : la seule divinité que je reconnaisse dans mon ciel vide. J’incorpore toutes sortes de gadgets alimentaires et mentaux jusqu’à l’obésité, je coïte avec qui bon me semble, comme bon me semble, quand bon me semble, je prends tout ce qui est prenable, je ne donne rien, je vends tout ce qui est vendable, je zappe tout ce qui m’ennuie, ou alors je déménage. Le sentiment de ma liberté me comble de béatitude, et de mépris pour ceux qui ne sont pas à mon niveau.

Les expertocrates connaissent mieux ma pensée que moi-même, je ne prends pas la peine de me connaître, je leur fais confiance, si incongru soit leur discours. Même si les prévisions des sondeurs, des politologues, des financiers sont démenties par les faits, c’est vrai. Même si les politiciens sont aussi corrompus que corrupteurs, c’est juste. Même si les professionnels de la bonne humeur me vendent des niaiseries c’est rigolo. Même si les marchands d’art me vendent des horreurs, c’est mieux que beau, c’est classe !

Les expertocrates en sciences cognitives m’ont convaincu qu’aucune substance n’est réelle, seules existent les relations, les processus : tout étant relatif, chaque essence doit être déconstruite, toute délimitation, toute définition doit devenir poreuse, et faire l’objet de libre reconstruction sous forme de procédures, négociations, contrats, et surtout de transversalités et autres mélanges divers et variés : je ne suis rien, je deviens tout, tous ne sont rien, tous deviennent tout, tout n’est rien, tout devient tout.

En fonction de quoi tout citoyen a le devoir de s’émanciper de tous les déterminismes, sauf des lois tabou du marché.

Le nouveau étant meilleur que l’ancien, selon la loi tabou du progrès, tout arriéré qui tentera de sauvegarder l’absolu contre le relatif, l’enracinement contre le nomadisme, la frontière entre essences (sexes, races, pays, cultures), au nom des vieilleries (religion, nature, histoire), voire au nom de la science, sera accusé de discrimination, fera l’objet de ricanements, d’opprobre, et de sommations à la repentance.

Tout citoyen a le devoir de s’associer aux officines de délation qui traînent en justice les discriminateurs, exception faite des discriminateurs tabou par l’argent.

L’Autre a priorité sur le même, sauf en affaires où c’est chacun pour soi ; mon devoir est donc de dédaigner mon identité et mon prochain, et de développer toutes sortes d’ouvertures, de solidarités et de protocoles compassionnels pour les différents et les lointains, même s’ils insultent, violent, et tuent. Ils sont une chance, Ils ne demandent qu’à « vivre ensemble ».

Quiconque approuve et applique ces règles se trouve dans l’« empire du bien », celui de l’oligarchie démocratique libérale mondialisée, stade final de l’histoire, qui me procure prospérité, paix et bonheur. J’en sautille d’allégresse ! Quiconque désapprouve et transgresse ces règles ne peut être qu’un dangereux obscurantiste, nostalgique des heures les plus sombres de notre histoire. J’en frémis d’indignation.

Dès que j’en repère un, je cafte.

 

* La discrimination non discriminatoire

Dans Les héritiers (1964), Pierre Bourdieu s’en prenait à l’hypocrisie du système scolaire de Jules Ferry, qui, prétendant assurer l’égalité des chances, ne faisait qu’appliquer le concept marxiste de « reproduction » : la classe dominante, dans ses institutions (politiques aussi bien qu’universitaires) se reproduirait à la manière des chaises musicales, selon un « déterminisme social» qui pousserait les bien-classés et les mal-classés à suivre (consciemment ou inconsciemment) des « habitus » qui les conduiraient, les uns au succès, les autres à l’échec, les critères purement scolaires n’étant que de mauvais prétextes.

Les épigones en déduisirent hâtivement que les bien classés devaient être repérés, stigmatisés, et mis hors d’état de nuire, afin de casser le « déterminisme » fût-ce comme une noix avec un marteau pilon. Vaine agitation pour qui lit Bourdieu de près … le sociologue ne cessant de répéter que le processus est inéluctable … Qu’à cela ne tienne, Meirieu s’est obstiné dans sa monomanie anti-déterministe, entraînant dans son sillage une foultitude d’huiles du ministère qui nous ont renvoyé la balle (en métalangage meirieusien : « le référentiel bondissant ») sous forme de réformes et de circulaires. Le grand savant ne pouvait résister au plaisir d’avoir toujours raison, de se prendre pour un démiurge, d’expérimenter ses lubies sur nos élèves et sur nous … et surtout de se mettre en vedette.

Lesdits référentiels (ô combien !) bondissants nous ont forcés à appliquer des consignes comminatoires, formulées avec une surabondance de sigles ésotériques directement importés du management et du marketing, le tout au nom du sacro-saint progrès. On peut classer celles-ci en 4 rubriques :

 

- Enseigner comme des gougnafiers

Exemple : Dans le primaire les enseignants ont été contraints à enseigner la lecture dans un « registre de globalité », c’est-à dire sur des supports comme : panneaux de publicité, boîtes de fromage, notices d’emploi d’appareils ménagers etc., les élèves ont été invités à ne pas épeler, mais à « intuitionner, et prendre un risque » (p.23). L’orthographe a été ravagée. Au collège les disciplines ont été fusionnées dans l’ « organisation » de travaux interdisciplinaires qui ont multiplié les problèmes de discipline. Au lycée les classes ont dû également faire l’objet d’une déconstruction. C’est à Meirieu que nous devons le développement du tutorat et des TPE, où les paresseux profitent du travail des studieux. Dans le groupe-classe, chaque élève, promu au rang d’œil du cyclone, a fait l’objet d’une différenciation pédagogique qui a empêché l’enseignant de procéder à une quelconque synthèse, et qui l’a condamné à une ragouniasse de pédagogies personnalisées codifiées sous les sigles de PPS, PPRE, PAP, APC, etc.

Résultat : pour les élèves l’ignorance, pour les professeurs le gâchis.

 

- mélanger les niveaux

Les doués pour ceci avec les doués pour cela, et l’ensemble avec les doués pour rien. Les travailleurs avec les paresseux. Les minimes avec les cadets. Les disciplinés avec les trublions. Résultat : le nivellement par le bas. Les parents catastrophés ne pouvaient réagir qu’en transmettant eux-mêmes leur culture à leurs enfants, s’ils en avaient la capacité et le temps ; faute de quoi ils ont recouru aux cours particuliers, établissements privés, si possible hors-contrat (qui, devant la demande, ont pu se permettre de sélectionner les meilleurs, d’afficher d’excellents résultats, et d’ouvrir sur les grandes écoles) … à condition naturellement d’en avoir les moyens. Grâce à Meirieu, les règles du marché ont été appliquées avec leur brutalité constitutive : c’est la plupart de ces élèves (plus une dose homéopathique des autres) qui a surnagé du chaos compétitif managé par  les cercles de connivence qui se pavanent à Davos : 20% de luxueux domestiques pour drainer les ressources de 79,5% de manants, vers l’avaloir des 0,5% de ploutocrates.

Et qui est resté dans les établissements publics ? – les bons élèves pauvres qui ont enduré les brimades des mauvais, et dont la plupart a fini par céder au découragement et à l’enlisement … direction : les bataillons de chairs à canon économique. On ne fait pas de bonnes affaires avec de bons sentiments.

Résultat : pour les élèves l’inégalité égalitariste, pour les professeurs le gâchis et le sentiment d’inutilité.

 

- Et pour couronner le tout : passer de la notation individuelle à la notation collective

L’ensemble des travaux de groupe a fait l’objet d’une notation de groupe, les irrégularités occasionnées par le dispositif étant dissimulées. Pour les travaux individuels, la notation a été redéfinie comme « évaluation diagnostique, sommative et formative ». La maîtrise du contenu des savoirs a laissé la place aux agrégats d’idéologèmes ethnomasochistes (réduction de la traite esclavagiste aux seuls Européens), et pseudo-scientifiques (théorie du genre) … le tout obligatoirement plié aux péréquations et autres variables d’ajustement des statistiques, inaugurées aux USA par la grading curve, et adaptées par le ministère de l’Education Nationale vers 1990 avec les fameux 80% de réussites au bac. Les enseignants ont été « priés » de se mettre au niveau des élèves, et non plus l’inverse.

Résultat : pour les élèves une généralisation de la paresse, et une dévaluation des diplômes, passeports pour l’ANPE ; pour les professeurs (« correcteurs sadiques », p. 117) la perte de maîtrise de leur notation, la soumission à la technostructure, et conséquemment la perte de l’estime de soi.

 

- Ajoutons le chaos résultant de l’effondrement de la discipline

Dégradation des locaux, vols de matériel, trafic de drogue, chasse aux boloss et aux fayots.

Résultat : pour les élèves, l’impossibilité de travailler dans des conditions sereines, le mauvais exemple des racailles, surexcitées par l’impunité et proclamant le mépris de l’institution, le racket, la peur, les divers traumatismes. Pour les professeurs la possibilité de n’enseigner que dans les intervalles aléatoires où les chahuteurs sont fatigués de chahuter et s’endorment, la honte de ne pas être respectés, d’être l’objet de menaces, parfois d’agressions, la crainte de plaintes déposées par certains parents, l’humiliation de se faire traiter d’incapables par les bureaucrates confinés dans leurs bureaux.

 

Conclusion

Elle sera brève : ce n’est que lorsque, dans notre beau pays de France, les pouvoirs publics se seront libérés de la gouvernance mondialiste par le chaos qu’ils pourront mettre Meirieu au piquet, avec bonnet d’âne sur la tête, et laisser les maîtres remonter librement en chaire pour transmettre librement aux élèves l’héritage culturel qui les libèrera de l’ignorance, de la brutalité, de la barbarie … D’ici là l’inspecteur Riocreux nous conseille de passer la culture en contrebande. C’est toujours une idée.

 

 

Daniel Barbero, docteur et professeur de philosophie, membre du CR77

 

 

 

[1] Il m’est pénible de commencer cette intervention par un bien fâcheux rappel : la récente évaluation PIMMS, qui classe la France à l’avant dernière position européenne en ce qui concerne les matières scientifiques, et la non moins récente évaluation PISA, qui classe la France à la 27ème position au niveau de l’OCDE.

 

 

[2] « J’ai le plus souvent entendu d’eux (les enseignants) deux discours successifs. Après avoir, dans un souci bien compréhensible de prudence, régurgité au visiteur, perçu comme le représentant de l’institution, le brouet des instructions officielles, les lieux communs sur l’innovation, l’interdisciplinarité, l’immense chance que les maîtres ont de pouvoir travailler en équipe, l’aspect ludique de l’exercice pour les élèves, bref les appréciations lénifiantes de M. Meirieu, dont ils ont été gavés dans les instituts de formation, ils en viennent, la confiance s’instaurant, à donner leur sentiment réel » p. 29.

 

 

[3] Le mot « élève » nous révèle qu’un sujet est en demande d’élévation : son esprit formule la même requête que son corps au moment où tout bébé, le réflexe du grasping l’induisait à attraper les mains du parent afin de s’élever plus haut, et au moment plus tardif où il épiait l’exemple de la démarche du parent pour s’élever à la station debout et à la bipédie.

« A Rome, le père légitimait son enfant le jour du dies lustricus en l’élevant de terre (tollere filium), et en le tenant haut dans ses bras ; il marquait par un geste public son intention de l’élever pour en faire un homme. » J.F.Mattéi, La barbarie intérieure.

 

 

[4] Ces procédures ont tendance à devenir des procédés mécaniques tels que les QCM et les exercices à trous

 

 

[5] Cf. J. F. Mattéi, La barbarie intérieure, PUF.

 

 

[6] L’expression la plus élaborée de cette vision se trouve non chez Philippe Meirieu, mais chez l’un de ses clones : Antoine de la Garanderie qui a construit, notamment dans son livre Les profils pédagogiques, une théorie qu’il nomme « gestion mentale », digne de toutes les polices de la pensée, où tous les actes éducatifs sont repris avec le vocabulaire de l’économie.

 

 

[7] Depuis Marx qui opposait le « socialisme scientifique » au « socialisme utopique » (pourtant il y avait bien un Raymond la science dans la bande à Bonnot). Jusqu’à l’idéologie du genre, les idéologues n’ont rien trouvé de mieux, pour couper court aux objections, que d’usurper la légitimation de la science pour crédibiliser la rhétorique.

 

 

[8] Exemple de ses fleurs de rhétorique : « … je refuse d’être réduit à des prises de position publiques marquées par des circonstances particulières. Je ne les renie nullement. Mais je demande qu’on les examine comme des moments d’une démarche faite de convictions et de compromis, de propositions essentielles et d’erreurs d’appréciation, de polémiques et de repentirs, bref de toute une série de phénomènes constitutifs de l’action publique. Il me paraît injuste de faire porter la suspicion globale sur un ensemble de travaux à partir de documents qui, tout en leur étant liés, sont des contributions au débat public, à réinsérer dans leur histoire et dans les conflits où ils ont été produits » (p. 13). Traduction : « je revendique le droit de dire tout et le contraire de tout ! »

 

[9] Enseigner, scénario pour un métier nouveau, 1989.

 

 

 

 

 

Ce poste a été rédigé par
Secrétaire départemental du Collectif Racine 77 Coordonnateur interdépartemental du Collectif Racine pour l’Île-de-France.

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